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Le « paradigme ROVER » : paradoxes de la standardisation en coalition

Un Mirage 2000D

Par Olivier Zajec, directeur adjoint du pôle « prospective stratégique » de la CEIS

Au-delà de son contexte politique problématique (1), la « guerre d’Afghanistan » constitue plus prosaïquement tout à la fois un laboratoire, un banc d’essai et un accélérateur multidimensionnel de l’interopérabilité entre alliés. Quoique les conflits futurs soient bien loin d’être réductibles au schéma afghan, les implications à long terme de cette expérimentation à ciel ouvert sont gigantesques. Pour les acteurs qui ont su penser globalement leur insertion dans ce conflit, il ne s’agit pas seulement de labelliser « combat proven » une série de plates-formes et de vecteurs d’origine et de conception diverses en les faisant rouler, voler ou tirer entre Herat et Surobi.

L’enjeu est plus important : en fusionnant les données conceptuelles, doctrinales, opérationnelles et technologiques de l’équation afghane dans le domaine de la « guerre irrégulière », l’occasion est donnée à certains d’imposer, dans les domaines les plus stratégiques, les contours des futurs normes et standards qui régiront à l’avenir les conditions mêmes de l’interopérabilité en interalliés. Il est bien entendu que le grand schéma dans lequel s’inscrit cette conquête des standards n’est pas linéaire : à de petites avancées succèdent des percées soudaines, ce rythme syncopé étant lui-même dépendant de l’évolution des modes d’action tactiques et opératifs des troupes engagées dans le chaudron afghan. Pour autant, malgré ce tâtonnement permanent, le cycle de la standardisation ne se réduit pas à un simple empirisme capacitaire, et dissimule des stratégies industrielles intégrées très en amont : sous les espèces de la standardisation « de terrain », l’objectif ultime de ceux qui pensent globalement les capacités demeure la préemption compétitive du marché du combat en coalition. Au premier rang des acteurs nantis de cette « vision totale » et investis, tant par construction que par volonté, dans cette « mise en abyme » technico-capacitaire du conflit sous les espèces de la standardisation, se retrouvent naturellement les États-Unis et leurs industriels. Avec quelles conséquences sur les modalités d’organisation des coalitions ? Pour répondre à cette question, la parabole du système ROVER (Remote Operations Video Enhanced Receiver) apparaît emblématique.

Histoire d’un succès

La capacité ROVER va aujourd’hui de soi en Afghanistan. Elle va tellement de soi que le 7 octobre 2009, lors d’une audition du chef d’état-major de l’armée de l’Air française à l’Assemblée nationale, la question suivante lui est posée par un député : « Chacun sait que l’interopérabilité est essentielle. Nos moyens aériens sont-ils bien interopérables en Afghanistan ? Peuvent-ils apporter un appui efficace à nos troupes au sol comme à l’ensemble des troupes de la coalition, alors que notre armée n’est pas encore dotée du système ROVER ? » Ce à quoi le général Paloméros répond : « S’agissant de l’interopérabilité et du système ROVER, qui est un standard américain et qui assure une liaison sol/air, nous avons l’intention d’en faire l’acquisition. Pour le moment, nous utilisons des procédures plus lourdes d’emploi de nos forces, mais elles sont efficaces. » Cet échange reflète la place prise par le système de l’industriel américain L-3 COM sur le terrain des opérations.

L’imposition de ROVER ne s’explique pas par son apport technologique pur, lequel, loin d’être « révolutionnaire », se résume à l’origine grosso modo à un simple modem de transmission vidéo. La clé réside plutôt dans la convergence optimale entre une prise de conscience tactique des opérationnels d’un côté, et une réactivité technique et industrielle exemplaire de l’autre. À l’origine, on trouve une capacité d’échange d’images entre l’air et le sol, développée en 2002 sur l’initiative des forces spéciales de l’Army américaine, soucieuses d’obtenir une « vue d’en haut » directement exploitable par le « on-scene commander » confronté à une situation difficile au sol (embuscade, sniping lourd, masques divers). Particulièrement concernés : les contrôleurs au sol. Selon la « légende », opérationnels et industriels américains se sont, à l’initiative des premiers, rencontrés immédiatement via l’Aeronautical Systems Center de la Wright Patterson Air Force Base, et la capacité a été mise au point en deux semaines. Sous une forme lourde (le terminal de réception nécessite alors un Humvee entier), mais le principal est là : les forces au sol bénéficient en direct d’images transmises par des aéronefs, améliorant grandement les procédures de guidage à la voix (talk-on) et aux coordonnées (nine-lines briefing) pour obtenir un appui-feu. Au début, les images sont transmises par un C-130 Gunship ou un Predator. Quelques mois plus tard, le ROVER 2 fait son apparition, le terminal étant réduit cette fois aux dimensions d’un ordinateur portable. Cette capacité ne reste pas longtemps l’apanage des forces spéciales : l’US Air Force décide rapidement de généraliser l’usage du ROVER, tandis que les opérations afghanes prennent de l’ampleur.

Ne manque plus que le scénario marketing pour installer la capacité dans le paysage. On trouve dans le Los Angeles Times le récit de la « révélation » du caractère stratégique du ROVER à un pilote de l’Air Force, Greg Harbin, affecté à la Prince Sultan Air Base d’Arabie saoudite (2). L’action se situe à l’été 2003. Analyste image/drone posté devant cinq écrans, Harbin est frappé par le décalage entre, d’une part, le temps de réaction des Predator armés non dotés de ROVER (45 minutes pour l’envoi d’une image par le drone, la validation de la cible par un général américain situé à Prince Sultan Air Base et le tir par un opérateur Predator situé au Nevada) et, d’autre part, la boucle courte de quelques minutes du couple Predator-Forces spéciales (ces dernières bénéficiant du système de L-3 COM). Alertant son chef et déclenchant une « action capacitaire en chaîne », Harbin allait contribuer, par son rôle pilote via la fourniture de ROVER à la 82e Airborne, à généraliser l’emploi du système aux forces conventionnelles. Cette parabole capacitaire ne serait pas totalement américaine si l’on ne trouvait pas dans l’article du Los Angeles Times une happy end édifiante : Harbin, alors même qu’il teste la dernière version du système en patrouillant avec des Marines, tombe dans une embuscade à Falloujah, en Irak, en 2004. Selon son propre témoignage, et alors qu’il est gravement blessé, il sauve sa propre vie en branchant son ROVER sur la batterie d’un Humwee pour déclencher le tir d’un Predator muni de missiles Hellfire sur les assaillants. Ceux-ci sont tués. ROVER est devenu un symbole. En 2005, 183 systèmes sont déployés sur le terrain par les Américains. Le millier est aujourd’hui allègrement dépassé.

Tactiquement, au-delà de l’histoire de Greg Harbin, les apports du système sont indéniables. À la fin de l’année 2004, le succès s’amplifiant et les commandes se multipliant, apparaît le ROVER 3, qui opère en bande C, L et Ku. Cette version agrandit les possibilités de cette nouvelle charnière visuelle air-sol, en devenant plus légère (6 kilos, donc plus facilement transportable par les JTACs) et en autorisant une compatibilité avec d’autres plates-formes, telles que les drones Hunter et Shadow de l’Army, les P-3 Orion de reconnaissance de la Navy, ou encore les pods de désignation Litening de l’Air Force. Le prix s’en ressent : 60 000 dollars l’unité. En un an, 700 unités sont déployées sur les terrains afghan et irakien. Depuis, le ROVER 4, apparu en 2005 tandis que d’autres plates-formes plus nombreuses encore se voyaient « roverisées » (drone Dragon Eye entre autres), a ajouté au système une antenne en bande S et la capacité de mettre en veille certaines bandes de réception, de manière à ne pas perturber un flux vidéo particulier à un moment donné. ROVER 4 permet également au « terrien » de prendre la commande du pod de visualisation de l’avion et de « pointer la croix » sur la cible à détruire (DMPI). C’est une révolution : jusqu’alors, malgré l’apport de l’image, ROVER 3 ne permettait pas aux terriens de s’affranchir d’une description de la cible par radio à l’aviateur. ROVER 4 permet également au pilote de confirmer que le « plot » du terrien correspond à une vraie cible, et que les dommages collatéraux ou fratricides sont maîtrisés. Le poids est encore réduit à 5 kilos (mais il grimpe à 24 kilos avec tous ses accessoires, batteries et antennes…).

La dernière version de ce « must-have » est actuellement le ROVER 5, compatible avec les ROVER 3 et 4 déjà déployés, qui se présente sous une forme encore plus légère (son écran est deux fois plus petit, environ 6 pouces). Il inclut un cryptage amélioré (triple DES puis AES), un port USB 2.0, et toujours une capacité intégrée vidéo couleur et radio de Battle Assessment air-sol (avec la possibilité pour le contrôleur sol de visualiser les armements emportés « sous les plumes » des avions en appui et de les sélectionner sur son terminal en fonction du CEP qui leur est associé). Cette cinquième version fournit aussi une fonction surnommée « John Madden » par les soldats US en référence à un célèbre commentateur de football américain, fonction qui permet à l’opérateur au sol de renseigner graphiquement l’image envoyée depuis les airs, et au pilote, soucieux de mieux ajuster son tir, de visualiser l’image ainsi « équipée » par le terrien (de la même façon qu’aux mi-temps, ledit John Madden dessine pédagogiquement sur l’écran de télévision les mouvements, lignes de contact et percées des footballeurs à l’aide de flèches colorées). On peut rajouter à ces fonctions des expérimentations menées par L3 et associant au terminal R5 au sol un télémètre laser et une fonction GPS, censées permettre l’envoi direct des coordonnées de la cible à l’avion. L’échange d’information fonctionnerait ainsi dans les deux sens de plus en plus « égalitairement ». ROVER 5 obtient un grand succès dans l’Air Force, qui a commandé plusieurs centaines de terminaux (à 40 000 dollars l’unité) : ses JTACs, qui progressent difficilement dans les montagnes afghanes, plébiscitent le poids réduit de l’engin. Mais l’Army, dont la majorité des ROVER sont installés sur des Stryker ou des Apache, boude cette nouvelle version en critiquant la taille de l’écran, trop réduite pour obtenir une situational awareness suffisante, et presse L-3 COM de plancher sur un ROVER 6 avec un écran revenu à 10 pouces (comme celui du ROVER 4) et une meilleure sécurité des flux vidéo (3) : les dernières péripéties afghanes mettant en évidence la possibilité pour les insurgés de capter les flux vidéo des drones américains ont un peu secoué le DoD…

Malgré ces tiraillements, il faut noter que depuis la transition entre ROVER 3 et 4, le système a une véritable dimension d’accélérateur d’interopérabilité. Ce n’était pas joué d’avance : ROVER n’est en effet pas le seul à satisfaire en théorie le besoin réel d’une meilleure coordination air-sol. Le système Scarabée de l’armée de l’Air française, couplé au système IDM (monté sur les Mirage 2000D) permet bien avant Rover 4 un échange air-sol : le JTAC renseigne une image verticale avec les positions amies et ennemies et la renvoie à l’aéronef. Le débit nécessaire est minime. Scarabée avait fait sensation lors de l’exercice interallié « Bold Quest » de septembre 2007 aux États-Unis. Comme l’écrivait le commandant Martin de l’armée de l’Air française en 2007 : « La référence image est le cœur du concept Scarabée. Il consiste à partager une image identique (en provenance d’un satellite, de capteurs embarqués…) entre le contrôleur au sol et l’équipage en vol (…) la référence image contribue efficacement à l’identification de l’objectif : en effet, elle apporte une garantie de précision de la localisation et l’acquisition visuelle de l’objectif, même en ambiance GPS brouillée ou dégradée » (4). Les avantages de Scarabée, présenté par ses promoteurs du CEAM et des commandos de l’air comme « complémentaires » du ROVER, demeurent plus que solides.

Mais les Américains, à partir de 2007, vont également travailler la sécurisation de leurs flux de données et, comme on l’a vu, la possibilité de renseigner graphiquement l’image du ROVER (venant ainsi sur le terrain du système français). Ils vont aussi organiser, de plus en plus consciemment, une accoutumance de leurs alliés au système de L-3 COM, marketing d’autant plus nécessaire que la transmission de flux vidéo du type ROVER ne fait l’objet d’aucune standardisation OTAN ! Dès 2007, après avoir prêté aux forces alliées de l’OTAN en Afghanistan un premier batch de 50 systèmes ROVER, l’Air Force met en avant les services que peut rendre le système pour réduire les dommages collatéraux, citant, entre autres, la mort d’un soldat lors du bombardement accidentel d’un convoi britannique par un pilote américain. Des kits sont prêtés aux forces alliées pour les préparer aux combats en cours dans le sud et l’est de l’Afghanistan. ROVER est alors « marketé » sous la forme d’une success-story à la gloire de la réactivité industrielle américaine, au service et à l’écoute des militaires. Des Britanniques aux Néerlandais, des Polonais aux Français, tout le monde va s’équiper. Comme le reconnaît un utilisateur français de ROVER en Afghanistan, « ROVER a bien fonctionné parce que ce sont des industriels qui l’ont développé et qui l’ont fourni au “on-scene commander” sur la base de son besoin réel » (5). Fort de cette confiance de l’utilisateur final, l’Air Force et L-3 COM poussent leur avantage du côté du DoD. Il suffit de consulter les documents budgétaires de l’US Air Force datés de septembre 2007 pour saisir qu’il y a deux ans déjà, ROVER pouvait être présenté comme une capacité « évidente » (6) : sous le timbre « Global War on Terror Budget Justification » pour l’année fiscale 2008, on trouve la mention de 370 terminaux ROVER commandés, avec la précision suivante : « Sans cet équipement, les Special Tactics Combat Controller Teams déployés en soutien des opérations OIF et OEF ne seront pas capables de voir les vidéos fournies par les Predators et autres aéronefs équipés, ce qui limitera leur capacité à rapidement identifier les cibles à haute valeur ajoutée et à prévenir les tirs fratricides. » L-3 COM, propriétaire de MPRI, qui joue un grand rôle dans l’entraînement des forces américaines, joue aussi naturellement de l’expérience de cette filiale pour proposer « clé en main » la capacité ROVER à travers une formation, un entraînement et une utilisation du système en amont du théâtre d’intervention.

Au-delà de l’exemple ROVER, les conséquences d’une standardisation unilatérale

Pouvait-on anticiper ce qui s’est passé ? La première « sortie » du ROVER s’est faite lors de l’exercice « Air Warrior 2005 ». Les Américains avaient pour l’occasion adapté le pod Litening II sur un bombardier B-52. Les Français, via le CPA 10 et le CFAA, étaient présents. Des comptes rendus avaient été faits dès cette époque, et une connaissance de cette problématique et de ces avancées existait. Le problème n’était pas d’avoir la simple connaissance de l’existence d’un tel matériel, mais d’en saisir la criticité et le potentiel compte tenu des nouvelles conditions de combat en Afghanistan, pour pouvoir réagir, influer, choisir en toute connaissance de cause de se positionner par rapport à cette même capacité.

Du simple point de vue du fonctionnement, dans sa version de base, ROVER n’est rien d’autre qu’un modem de transmission vidéo. De l’aveu même d’opérationnels et d’industriels, la France était capable d’une telle réalisation depuis longtemps. Cependant, les Américains ont imposé une norme, quelque chose d’immédiatement disponible, qui a déterminé un standard et le marché correspondant. Du côté français, la difficulté résidait dans la différence culturelle existant entre terriens et aviateurs du point de vue de la définition de la charnière air-sol. Cette difficulté (7) se trouvait doublée d’un tiraillement industriel entre différentes composantes de l’équation air-sol, qui demande une fusion entre solutions de transmission, de cartographie et d’optronique. Trois savoir-faire… et donc trois acteurs. Cette situation n’a pu être débloquée. Aucune solution n’a donc émergé à temps du côté européen et français pour éviter une telle standardisation américaine du haut vers le bas. On peut mentionner néanmoins la mise au point par Sagem du système RVT (Remote Video Terminal) pour le drone SDTI, une capacité en mesure d’être réellement testée depuis juin 2009.

ROVER n’est qu’un exemple, mais il amène à réfléchir sur les enjeux de la standardisation en coalition. On peut voir dans son succès une pure logique « de terrain » (le « meilleur » système s’est imposé), mais il semble que ce serait sous-estimer une réalité constituée de plusieurs strates (politiques, opérationnelles, industrielles) qui dissimulent souvent une stratégie capacitaire américaine bien rodée. L’interopérabilité est bien évidemment une obligation. Mais selon quels procédés ? Car en établissant des normes calquées sur leurs modes d’action nationaux (ROVER n’était même pas aux normes OTAN), les Américains déclenchent une suite de « crash programs » chez leurs alliés, poussés par l’impératif catégorique de l’interopérabilité en coalition. Pour ces derniers, il faut acheter le système sans lequel, visiblement, une nation engagée dans le combat commun peut soudainement perdre de son efficacité et de sa plus-value opérationnelle, faute de fonctionner en symbiose et selon les mêmes codes que les autres. Ces « crash programs » sont d’autant plus mal vécus qu’ils ne sont pas issus d’une discussion commune en amont, mais d’une logique verticale où la norme va du dominant aux dominés, dans un contexte n’offrant guère d’alternatives réelles.

La situation équivaut à la reconnaissance explicite d’une subordination doctrinale et opérationnelle de la part des alliés s’ils désirent réellement pouvoir combattre avec les États-Unis. Ce paradoxe devient total lorsque ces mêmes standards sont incompatibles avec ceux de l’OTAN, censé représenter le lieu de la discussion normative transatlantique ordinaire. Rover, aussi évidents soient ses bénéfices, n’est ni un cas isolé, ni le premier cas à illustrer de manière frappante cette subordination des alliés des États-Unis en termes de standardisation. Les mêmes éléments ont joué, il y a quelques années, concernant la capacité Havequick de l’OTAN, à laquelle a succédé la radio Saturn. L’interopérabilité a été respectée en apparence (STANAG 4 372)… à ceci près que les avions devaient désormais impérativement être équipés « secure », aux normes américaines : le cryptage était possible, mais plus l’évasion de fréquence. La logique de standards de l’OTAN a ainsi été fragilisée, voire remise en question. C’était peut-être plus efficace, en un sens, mais les « autres », c’est-à-dire les alliés, ont dû s’adapter. Comme toujours ?

Il est encore temps, semble-t-il, de tirer le bilan de cette logique. Nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour insister sur le fait que les États-Unis ne peuvent se contenter de demander « davantage de moyens » à leurs alliés dans les guerres actuelles. La confiance, qui doit être réciproque, ne peut s’incarner que dans une capacité partagée à « orienter le futur » en termes d’interopérabilité, donc de standards et de normes. Si ce n’est pas le cas, murmurent certains militaires, alors l’entrée dans l’OTAN, d’un point de vue opérationnel pur, ne sera qu’un jeu de dupes. Et d’un point de vue industriel, une catastrophe. Les alliés ne peuvent se permettre indéfiniment un jeu épuisant de course derrière les normes du grand frère. Un officier des commandos de l’air français spécialiste de la liaison air-sol sur le terrain afghan résume à sa manière la problématique : « C’est celui qui structure l’opération qui décide in fine des standards de combat. Il faut donc que la France et les pays européens possédant encore une industrie de défense, s’ils décident se s’engager, soient politiquement en mesure de planifier l’opération en amont au plus haut niveau, et s’assurent beaucoup plus systématiquement et activement une présence vigilante dans les comités de standardisation » (7). Dans cette optique, le travail français à l’Allied Command Transformation (ACT), en lien avec le RETEX en boucle courte des théâtres, sera sans doute essentiel pour réécrire les règles du jeu plus équitablement.

O. Z.

Article paru dans DSI n°57, mars 2010

Notes

(1) Les données d’entrée culturelles, politiques et opérationnelles de l’Afghanistan ont été commentées de manière intensive depuis sept ans. Chacun, au niveau politico-stratégique, a rebattu les facteurs de cette équation complexe pour en extraire une solution plus ou moins pérenne. Avec un succès mitigé. « Afghanisation » pilotée du conflit via l’ANA ou plus grande implication des armées occidentales jusqu’à une hypothétique « victoire » ? Partition de fait entre ethnies ou Afghanistan unitaire sous directorat pashtou ? Soutien ou remplacement de Karzaï, guetté par le syndrome Najibullah ? Implication des acteurs régionaux ou confinement du conflit ? Le moins que l’on puisse dire est que la solution, malgré d’innombrables rapports, n’apparaît pas aujourd’hui clairement. Politiquement, existe-t-elle d’ailleurs seulement ?

(2) Julian E. Barnes, « He helped clear the fog of war », Los Angeles Times, 13 septembre 2007.

(3) Michael Peck, « Tough enough? Battle tests coming for ROVER 5 video viewer », C4ISR Journal, octobre 2009.

(4) Rémy Martin, « De l’entomologie dans la transmission de données », Penser les Ailes françaises, n° 18, 2008.

(5) Entretien avec un officier français de retour d’Afghanistan, décembre 2009.

(6) United States Air Force, Committee Staff Procurement Backup Book, FY2008 Global War on Terror Budget Amendment, September 2007. OPR : SAF/FMB, unclassified.

(7) Entretien avec l’auteur, décembre 2009.

En photo : Des TACP espagnols. Copyright : US Air Force

Article paru dans DSI n°57 (mars 2010). Toute reproduction interdite sans l’autorisation de l’éditeur.

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