Lectures

Military Strategy. A General Theory of Power Control

J.C. Wylie, Naval Institute Press, Annapolis, 2014.

Réédition d’un ouvrage initialement paru en 1967 et précédé d’une introduction par John Hattendorf, ce Military strategy est un classique méconnu qui a pourtant été réimprimé à nombre de reprises aux Etats-Unis et qui a eu une influence bien réelle sur la stratégie maritime américaine des années 1980. De fait, Wylie est l’un des rares stratèges-stratégistes qui, au même titre que Foch par exemple, ont été capables d’occuper avec succès des postes importants tout en apportant de réelles contributions à la théorie de la stratégie. En l’occurrence, celui qui finira sa carrière en tant qu’amiral s’est posé une question transcendant son ouvrage mais aussi une partie de sa carrière : au-delà du commentaire des auteurs classiques, est-il possible de construire une théorie de la stratégie ? Sur base de son expérience pendant la guerre du Pacifique, Wylie répond par l’affirmative, en construisant un modèle binaire, centré sur l’opposition/coextension des actions cumulatives et séquentielles. Dans le premier cas, les opérations apparaissent comme une accumulation simultanée d’actions qui conduit à la victoire (ou à la défaite). Dans le deuxième, une série de phases bien délimitées se suivent pour atteindre les mêmes résultats. Cette focalisation sur la physionomie des opérations peut sembler a priori simple et évidente au-delà de son utilité. C’est cependant oublier que Wylie y voit quelque chose s’appuyant sur l’ensemble des niveaux de la stratégie – et qui pourrait d’ailleurs expliquer/éclairer les variations dans les positions des auteurs travaillant sur l’art opératif. C’est aussi un questionnement remarquable autour de l’antinomie entre attrition et anéantissement et de leurs relations intimes. Certes, certains aspects de l’ouvrage sont datés. Mais l’ouvrage, dans les questionnements qu’il pose au long de la construction/démonstration de la théorie, est également un très bel exemple cette fois d’un point de vue méthodologique. Bien écrit et sans fioritures, il se lit rapidement et s’accompagne de trois annexes reprenant des articles de Wylie parus dans Proceedings. P.L.    

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