Lectures

La dernière bataille de France

Vincent Desportes, Coll. « Le débat », Gallimard, 2015, 199 p. 

Certains trouveront que le général Desportes, à force de taper sur le même clou, est agaçant. Ils ont tort, pour deux raisons. La première, c’est qu’il joue un rôle très particulier – et ingrat – dans l’écosystème stratégique français : parce qu’il le connaît bien, il sait les forces et les faiblesses et a suffisamment de recul pour voir et signaler quels sont les dangers qui l’attendent. On est loin d’une Cassandre ou d’un Philippulus dont certain on pu le (mal)traiter : dans une force armée comme dans une démocratie, savoir objecter en cas de besoin est une nécessité. Vincent Desportes, de ce point de vue, fait dans le « red teaming », ce qui est sain. La deuxième, c’est que l’ensemble de ses arguments en la matière, jusque là épars, se retrouve rassemblé dans un ouvrage qui bénéficie de ses talents d’auteur. L’écriture est souple, féline ; et plus encore, les arguments sont convaincants. Certes, on ne le rejoint pas sur tout. Par contre, on le fait sur l’essentiel : nous faisons face à plus de guerres et moins de moyens ; le système souffre de sa propre inertie qui lui fait reproduire des solutions inadéquates ; dans un contexte où l’escamotage de la liberté d’expression ne favorise par des solutions originales ; et où le cantonnement du militaire dans un rôle de « technicien de la guerre » est contre-productif. L’arrière-plan de la démonstration est ailleurs que dans la revendication corporatiste dont certains – qui n’ont pas lu l’ouvrage – pourraient chercher à cantonner Desportes : au contraire, la question posée est bien celle de la puissance de la France. Les moyens ne manquent pas. Par contre il y a des choix à faire. Le niveau politique ayant manifestement choisi la voie d’un plus grand interventionnisme, il est à présent temps de mettre en cohérence autant que faire ce peut le « système stratégique France ». Une lecture hautement recommandable et, ce qui ne gâche rien, d’une clarté limpide. P.L.

Recension publiée dans DSI n°121, janvier-février 2016

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