Lectures

La pensée et la guerre

Jean GUITTON, Desclée de Brouwer, Paris, 2017, 282 p.

Si Guitton (1901-1999) n’est plus guère cité – ni même son nom connu –, le philosophe avait pourtant publié en 1969 un recueil des conférences données à l’École supérieure de guerre et s’était alors emparé d’une thématique ne l’éloignant qu’apparemment de ses principaux travaux. De ce point de vue, la réédition de La pensée n’est pas que la remise en lumière d’une des gloires de la pensée stratégique française contemporaine. Les travaux de Guitton continuent d’éclairer la notion même d’action et à sortir la politique de l’acte de technique militaire pour en faire une des concrétisations de la métaphysique. Guitton écrit certes à un âge nucléaire, alors que la future doctrine de dissuasion se dessine et il prend naturellement à bras-le-corps les débats du temps dans la dernière partie. Mais, à bien y réfléchir, non seulement le nucléaire n’a pas disparu, mais la puissance du conventionnel s’est accrue, de manière absolue comme dans son aptitude à la projection. Elle n’est donc évidemment pas équivalente, mais elle renvoie à des questions similaires, à commencer, comme le rappelle l’excellent général de Reviers dans son avant-propos, par celle de l’adaptation. Comment pouvait-il en être autrement dès lors que Guitton était adolescent pendant la Grande Guerre et avait trente-huit ans en septembre 1939 ? Au-delà, l’ouvrage n’est pas qu’une réédition : les cinq parties sont introduites par des cadres de l’École de guerre, qui les remettent en contexte avec beaucoup de pertinence. En fin de compte, cet examen de la stratégie par le philosophe mérite toute considération : à l’ère de cet étrange hybride combinant la technologie la plus pointue et l’idéologie la plus irréductible, l’ouvrage est à (re)lire de toute urgence. J. H.

Recension publiée dans DSI n°129, mai-juin 2017.

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