Lectures

Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental

Gérard CHALIAND, Odile Jacob, Paris, 2016, 174 p. 

Dans son dernier ouvrage en date, G. Chaliand revient sur l’apparent paradoxe d’armées de mieux en mieux équipées et formées qui ne parviennent plus à atteindre de résultats décisifs. Le débat en la matière, assez largement traité dans la littérature sur la coercition et que l’auteur a par ailleurs déjà abordé dans plusieurs de ses ouvrages, bénéficie cependant d’un nouvel apport avec cet essai. D’une part, parce que l’auteur prend en compte les guerres de colonisation, qui servent de terrain à sa démonstration. Les États européens ont « gagné » parce qu’ils opéraient de manière déterminée, avec certes une supériorité technique, mais surtout une supériorité organisationnelle. Lorsque les mouvements indépendantistes sont apparus, les conditions ont cependant changé : ce sont eux qui sont devenus les plus déterminés et, entre-temps, certains d’entre eux se sont organisés de manière appropriée. D’autre part, parce que l’auteur ne se limite pas aux guerres du XIXe siècle. Les exemples afghans (opérations soviétiques puis coalisées), l’Irak (2003-2008) et l’actuelle situation en Syrie sont également explorés au regard de l’hypothèse de départ. Et, de facto, il se trouvera peu d’auteurs pour dire que les conditions du succès étaient réunies, dans le chef des Soviétiques, des Américains ou des États combattant actuellement l’État islamique. L’ouvrage est donc un rappel utile : on ne peut gagner si on ne le désire pas. Or désirer gagner, c’est également accepter des pertes, amies comme civiles, procéder à une mobilisation de ressources adéquates et, au-delà des coûts humains et budgétaires, accepter un coût politique. La leçon pourrait paraître classique et ne rien apporter de nouveau. Mais si elle est si bien assimilée, pourquoi alors ne pas en tenir compte ? P. L.

Recension publiée dans DSI n°128, mars-avril 2017.

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