Lectures

Comment perdre une guerre. Une théorie du contournement démocratique

Élie BARANETS, Coll. « Guerre et stratégie », CNRS Éditions, Paris, 2017, 383 p.

Tout en constituant le premier ouvrage d’une nouvelle collection – ce qui représente toujours une bonne nouvelle –, cette publication est également utile à plusieurs égards. D’abord, parce qu’elle offre un point de situation sur le débat concernant l’efficacité militaire des différents types de régimes politiques, et en particulier de la démocratie. Ensuite, du fait même de la démonstration de l’auteur. Celui-ci part du principe qu’il peut exister une différence entre buts de guerre publics et buts de guerre réels dans le processus de légitimation/publicité autour du lancement d’une opération. Cela peut alors conduire à une restriction dans l’engagement, lui-même source de problèmes et, potentiellement, de défaite – en sachant que les problèmes rencontrés au fur et à mesure des opérations sont également susceptibles de restreindre à nouveau l’engagement. La discrétion et la prudence sont le corollaire d’une vision où les objectifs réels sont en dissonance avec ceux annoncés. Élie Baranets s’intéresse ensuite à deux cas de figure pour tester son hypothèse, la guerre du Vietnam et les opérations israéliennes au Liban en 1982, qui montrent tous deux une dissonance entre objectifs réels et objectifs affichés. La démonstration est convaincante et se termine aussi par un certain nombre de précautions, notamment quant au fait de savoir si les populations sont dupes ou non du contournement opéré par les gouvernements. Ce « contournement démocratique » n’est évidemment pas la seule manière de perdre une guerre, tout comme il y a d’autres raisons pour lesquelles l’investissement nécessaire n’est pas consenti. L’histoire des idées a bien montré, dans le cas américain, le rôle joué par la théorie des jeux et « l’approche graduelle », qui n’a pas été qu’un prétexte à l’action de Washington, mais avait un enracinement bien réel dans les croyances stratégiques de l’époque. Reste que l’auteur fait également œuvre utile en rappelant à la suite d’autres – Rob de Wijk, par exemple – que tout engagement dans une opération militaire est contraignant et porte plusieurs obligations. Ne pas mentir est l’une d’elles – c’est l’un des principes de base des opérations d’influence –, mais aussi la prise en compte des risques inhérents à toute opération, en ne sous-estimant pas les moyens nécessaires pour ce faire. J.H.

Recension publiée dans DSI n°133, janvier-février 2018

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