Lectures

La dissuasion au troisième âge nucléaire

Pierre VANDIER, Éditions du Rocher, Paris, 2018, 105 p.

Contrairement à ce qu’on peut lire çà et là, le débat sur la dissuasion nucléaire n’est pas interdit et cet ouvrage en constitue une preuve supplémentaire. Mais encore faut-il que ce débat soit pertinent. En l’occurrence, l’amiral Vandier (que vous aviez déjà pu lire dans nos hors-séries nos 18 et 45) ne manque pas d’à-propos en s’interrogeant sur la pertinence du nucléaire dans le contexte stratégique contemporain, son ouvrage constituant la mise en forme de ses travaux réalisés dans le cadre de son passage au CHEM (Centre des Hautes Études Militaires). De facto, il constate la fin d’une « période de latence », post-guerre froide, qui portait en elle l’espoir d’un désarmement nucléaire. Qu’en ressort-il ? La pertinence renouvelée de la dissuasion, certes, mais aussi celle des stratégies indirectes. Ce que l’on qualifie aujourd’hui le plus souvent de « guerre hybride » n’est rien d’autre que la subversion et l’usage de stratégies non militaires qui innervait une partie de nos débats dans les années 1960. Or, évidemment, on ne peut extraire la dissuasion nucléaire de son substrat stratégique : elle ne se pense pas en soi et pour soi. Or, constate l’auteur, le jeu international couple toujours les dynamiques régionales et celles des grandes puissances. C’est l’heure, nous dit-il, de la combinaison entre A2/AD et nucléaire ; ce qui ne manque pas susciter des questions sur la position française, qu’il aborde dans la dernière partie de son ouvrage. L’analyse révèle ici tout son intérêt. « Une France exposée internationalement, qu’elle le veuille ou non » (p. 59) implique de reconsidérer sa posture. Les références de l’auteur, à commencer par Poirier, lui permettent ainsi de remettre en perspective la doctrine française, avec beaucoup de talent et une réelle clarté. À mettre donc dans toutes les mains. J. H.

Recension publiée dans DSI n°134, mars-avril 2018

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