Lectures

Jonquille. Afghanistan, 2012

Jean MICHELIN, Gallimard, Paris, 2017, 368 p.

Officier de l’armée de Terre, Jean Michelin commande une compagnie, Jonquille, dans l’Afghanistan de 2012. Il en a tiré un récit, dont les chapitres correspondent aux noms de ses camarades et qui est intéressant à plusieurs égards. Le genre même du récit de guerre est délicat à manier : trop souvent, l’auteur, pour qui l’ouvrage est autant un recueil de souvenirs qu’une bien compréhensible thérapie, oscille entre pathos et héroïsme. Comparativement, Jean Michelin parvient à éviter ces travers avec bonheur et nous offre un coup d’œil profondément humain sur les opérations : l’attente et le rythme, pour emprunter à Lucien Poirier, mais aussi les interrogations et, surtout, tout ce qui fait le métier d’officier, soit la conduite des hommes dans l’incertitude de la guerre. La vision est donc « du point de vue du soldat », avec tout ce qu’elle comporte. Si l’on peut rire, s’étonner de la qualité douteuse de systèmes de communication pourtant récents ou serrer la mâchoire quand survient une attaque, on a surtout affaire à la complexité des opérations contemporaines. Et ce, en dépit des planifications, des technologies nationales, des moyens alliés ou de la qualité des hommes à qui l’ouvrage rend aussi un bel hommage. Décidément, Clausewitz ne mentait pas en voyant dans la guerre un caméléon à la forme changeante, mais à la nature invariable, et cet ouvrage, s’il n’est pas académique au sens premier, contribue indubitablement à une meilleure appréhension de la guerre. Et l’on est pris d’un certain malaise lorsque l’on doit quitter sa lecture, l’addictif ouvrage que l’on aimerait ne pas avoir à refermer signifiant surtout le retour à la maison des hommes. P. L.

Recension publiée dans DSI n°134, mars-avril 2018

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