Lectures

Précis de stratégie militaire

Joseph HENROTIN, Coll. « Hautes Études Stratégiques », Institut de stratégie comparée, Paris, 2018, 252 p.

Avec une douzaine d’ouvrages à son actif, notre rédacteur en chef est un auteur prolifique. En l’occurrence, il publie auprès de l’ISC la version retravaillée du syllabus d’introduction à la stratégie qu’il avait initialement préparé pour les stagiaires de l’École Supérieure Internationale de Guerre (ESIG) de Yaoundé ; ce qui explique que bon nombre d’exemples utilisés soient africains. La logique retenue est celle d’un manuel, avec trois niveaux de lecture : explicitation, approfondissement et exemplification/nuances apportées au travers d’exemples. Ce troisième niveau est renforcé par 40 encadrés. Le texte s’appuie lui-même sur un dense appareil de notes de bas de page, qui fait aussi l’intérêt de l’ouvrage. Il s’agit alors de partir de la distinction entre art et science de la guerre pour poursuivre un raisonnement qui se termine avec les logiques de dissuasion et de désarmement, en passant par les niveaux de la stratégie, l’articulation entre pensée et culture stratégique, la maîtrise des facteurs d’incertitude, le cadre de la stratégie (et ses acteurs, l’environnement ou la question de l’(ir)régularité), la conduite de la guerre, les stratégies contre-irrégulières ou encore les stratégies maritime/navale et aérienne. Si l’ouvrage permet d’expliciter l’essentiel des notions de manière claire et concise, son intérêt se situe également dans les messages sous-jacents. Le premier, classiquement, est celui de la permanence de la nature de la guerre : les évolutions doctrinales ou techniques ne changent rien au fait qu’elle soit toujours « l’affrontement des volontés opposées ». Corrélativement, la seule véritable loi de l’art de la guerre est la nécessité d’adaptation. Le deuxième est l’importance du facteur temps, qui est à la stratégie ce que la géographie est à la tactique et dont les effets, de l’attrition à la question du soutien politique apporté à une opération en passant par le tempo opérationnel, est trop souvent minoré. Une lecture dense mais fluide et surtout indispensable à l’heure où nombre de commentateurs trop pressés se prétendent stratégistes. J.-J. M.

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