Lectures

La mesure de la force. Traité de stratégie de l’École de guerre

Martin Motte, Georges-Henri Soutou, Jérôme de Lespinois et Olivier Zajec, Tallandier, Paris, 2018, 414 p.

Très attendu, l’ouvrage de ces auteurs bien connus dans nos pages est aussi une remarquable réussite qui témoigne également de la qualité des cours dispensés à l’École de guerre. Les 14 chapitres de l’ouvrage intègrent une matrice coutau-­bégarienne, partant de ce qu’est la stratégie avant que la réflexion ne s’épanouisse : son rôle dans les relations internationales, ce qu’est le stratège, la morphologie de la stratégie (tout à la fois art, méthode et science), ses principes, mais aussi les stratégies particulières maritime/navale et aérienne. S’ensuivent des chapitres consacrés à la culture stratégique, à l’évolution post-1945, à la question des stratégies alternatives, à la géostratégie et enfin aux stratégies nucléaire, spatiale et cyber. L’ensemble forme un tout cohérent d’où se dégage un ADN dont les composantes seraient l’importance de la nature de la guerre comparativement à son caractère, le rôle de l’histoire, la centralité de la méthode comparative, la nécessité de considérer la stratégie comme une « totalité politique » ou encore l’importance de la sémantique – tant les concepts de « guerre » et de « stratégie » peuvent être maladroitement mis à toutes les sauces, au risque de la confusion. Or l’un des objectifs de cet ouvrage est aussi de participer à la diffusion d’un savoir tristement galvaudé, y compris dans nombre de médias. Si, de ce point de vue, il montre une filiation nette avec le Traité de stratégie d’Hervé Coutau-­Bégarie, il n’en constitue cependant pas un substitut. D’une part, par sa maniabilité physique, mais aussi cognitive, avec une plus grande densité d’exemples contemporains. D’autre part, parce que les auteurs prennent en compte des dimensions que le Maître n’avait qu’effleurées, comme la question cyber ou le djihadisme, par exemple. Si le résultat est une belle démonstration d’exigence dans l’écriture, sa lecture est également fluide – la ligne claire si chère à Hervé Coutau-­Bégarie a décidément bien des vertus. L’ensemble est adossé à quelques solides références, que ce soit en notes ou en bibliographie, et sa lecture très clairement indispensable à toute personne s’intéressant à la guerre et à sa conduite.  J. H.

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