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Mistral perdant ? (MAJ)

La livraison des deux BPC de type Mistral à la Russie est officiellement suspendue (et non, comme l’évoquent les médias russes, annulée), l’évolution de la position de Moscou à l’égard de l’Ukraine conditionnant donc l’attitude qui sera suivie par Paris. Mais l’annonce (certes ici annoncée par le PR, mais déjà ouvertement évoquée en mars*), utilisée comme un instrument de coercition diplomatique au même titre que la possibilité de la levée des sanctions économiques, a suscité nombre de commentaires.

Au-delà de l’inquiétude sur les chantiers navals, la question du paiement de l’intégralité de la somme du contrat – et des compensations à accorder à la Russie en cas de rupture du contrat, que l’on peut imaginer considérables – reste posée. L’affaire est embarrassante : nombre de commentateurs soulignent qu’une rupture de contrat serait de nature à poser un problème quant à de futures ventes d’armes, la crédibilité de la France étant entachée.

Reste, cependant, que le cas n’est pas historiquement unique. A la fin des années 1960, l’embargo décrété par le général De Gaulle sur les ventes d’armes au Proche Orient avait abouti à ce que les Mirage V et les patrouilleurs de type Combattante commandés par Israël ne lui soient pas livrés. Les patrouilleurs quitteront toutefois Cherbourg, leurs futurs équipages, en formation, les faisant sortir de nuit du port. Pratiquement, les décisions françaises avaient alors ouvert de nouveaux marchés : la Libye ou encore l’Egypte s’équiperont en Mirage. Plus tard, l’embargo sera un argument de plus lorsqu’il s’agira de négocier avec l’Arabie saoudite…

Toutefois, l’annonce de la suspension de la livraison des navires à la Russie inquiète ceux surveillant la position indienne à l’égard de Paris, dès lors que le contrat sur les Rafale reste encore à signer. Certes, le chef d’état-major de la force aérienne indienne insistait récemment sur la nécessiter de boucler rapidement le dossier, tandis que Delhi semble rencontrer de plus en plus de difficultés dans ses négociations avec Moscou autour de leur appareil commun de cinquième génération, ce qui tendrait à favoriser la France.

Mais d’un autre côté, un vendeur n’honorant pas ses commandes – surtout à l’égard d’un pays allié de l’Inde – est susceptible de voir son capital-confiance se réduire. Reste, cependant, que l’affaire pourrait être plus complexe. L’Inde a beau être proche de la Russie, elle est également non-alignée. Elle n’est pas non plus naïve quant aux raisons de la suspension de la vente : pour faire face à une Chine dont elle constate l’activisme dans l’Himalaya, elle est aussi sensible à la question du respect des frontières.

Au-delà, la question du devenir des deux navires en cas de non-livraison reste posée. L’hypothèse de leur achat par l’OTAN a été posée mais d’autres options, plus classiques, sont également ouvertes : le marché mondial des LHD est loin d’être fermé, comme le démontre l’intérêt canadien – ou même… indien – pour les navires de ce type. Même s’il est alors certain que la France négociera la vente des navires en position de faiblesse et non sans avoir à modifier les navires, adaptés aux standards russes…

* Jacques Sapir se trompe donc en indiquant que la décision, pour être efficace, devrait avoir été prise deux mois avant le sommet de l’OTAN ; elle l’était cinq mois avant…

J. Henrotin, aucune reproduction autorisée

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI (Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux) et à l'ISC (Institut de Stratégie Comparée) - henrotin(at)areion.fr

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