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DSI n°134 – l’éditorial

Le VBMR léger (Nexter)

La publication d’un projet de future Loi de Programmation Militaire (LPM) constitue toujours un événement, et semble de bon augure pour l’évolution des forces. Le processus de modernisation va pouvoir se poursuivre ; mais l’urgence est bel et bien là. Si l’on note quelques bonnes surprises, avec plusieurs rehaussements de cibles, il faut aussi considérer que ceux-ci étaient rendus indispensables par la prolongation de la durée de vie de matériels dont le remplacement a trop attendu. Ce qui devait rester en service un peu plus longtemps ne le peut tout simplement plus, utilisation intensive oblige. Nous arrivons donc à la fin d’un cycle d’ajournements d’une durée de dix ans. À relire la presse spécialisée du début des années 2000, ce qui allait devenir l’EBRC Jaguar devait commencer ses essais… en 2008. La même année, le remplacement des ravitailleurs en vol C‑135FR était déjà vu comme urgent depuis 1999 et la guerre du Kosovo. Les exemples peuvent se multiplier. Il n’y a donc pas à braire de voir enfin le bout d’un tunnel capacitaire.

Reste que cette nouvelle LPM, une fois votée, laissera également plusieurs questions en suspens. Celle d’abord, de sa réalisation entre 2023 et 2025 – après la prochaine présidentielle –, alors que le gros de l’effort de remontée en puissance sera à fournir à ce moment. Le risque est de voir un « scénario à la belge », avec nombre d’annonces et de choix, mais en laissant au gouvernement suivant le soin de signer les contrats. Celle aussi d’un certain nombre de programmes menés à bas régime. Ainsi, si les Mirage 2000D seront modernisés et que le standard F4 du Rafale sera bien développé – deux bonnes nouvelles –, ce sera au détriment des livraisons de Rafale : seuls 28 appareils seront réceptionnés pour le compte de l’armée de l’Air et de la Marine d’ici à 2025… D’autres questions sont également liées au poids de l’international et en particulier des partenaires stratégiques. Le rapprochement franco-allemand est certes un mouvement intéressant et potentiellement utile ; mais la gouvernance des programmes évoqués dans son cadre pourrait s’avérer délicate. Berlin, de fait, n’a pas la même culture stratégique que Londres…

 

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI (Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux) et à l'ISC (Institut de Stratégie Comparée) - henrotin(at)areion.fr

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