L'actualités de DSI

Quels missiles pour le segment américain des frappes sur la Syrie ?

J’ai eu l’occasion d’être interviewé via Twitter par Romain Baheux, du Parisien, au sujet du tweet de Donald Trump qui évoque de “nouveaux missiles intelligents”. L’échange étant écrit, je le poste ici dans une version légèrement amendée (coquilles), avec son autorisation. 

R.B. Je prépare un sujet sur les “nouveaux” missiles intelligents évoqués par Donald Trump dans son tweet. A-t-on une idée concrète de ce qu’il évoque ? Une nouvelle version du Tomahawk ?

J.H. C’est une bonne question. Pratiquement, le Tomahawk Block IV (TACTOM – Tactical Tomahawk) a connu plusieurs évolutions au niveau de son guidage. Ils sont tirés depuis des destroyers, croiseurs ou sous-marins mais l’effectif américain est de plusieurs milliers de Tomahawks, de différentes sous-versions.

Après, il y a les missiles tirés depuis les avions ; de l’US Air Force ou de l’US Navy. Les AGM-154 JSOW sont des planeurs, mais n’ont, en tenant compte de la bulle de défense aérienne syrienne et/ou russe, pas assez de portée. Par contre, un engin n’a pas encore été utilisé en opérations : l’AGM-158 JASSM. Il est partiellement furtif et constitue l’équivalent de notre SCALP EG. Si c’est de lui dont parle Trump, il n’est utilisé que par l’US Air Force.

Au-delà, il faut se méfier des tweets. Je sors de votre question mais il me semble assez évident que Trump n’est pas un spécialiste des questions de défense. Les terme “smart” revient souvent dans son lexique ; tout comme le terme “smart munitions” est très commun dans le lexique “généraliste” américain. 

A-t-on une idée des capacités du S-400 à repousser une offensive américaine ?

Tout dépend de ce que l’on entend par “offensive” et par “S-400”. Le S-400 couple différents types de missiles (dont les portées et altitudes diffèrent) à un système incluant plusieurs radars et les systèmes de commandement/contrôle. La batterie S-400 typique est elle-même étendue sur une zone assez vaste et défendue par des systèmes antiaériens de plus courte portée ; et des gardes au sol. La neutraliser est théoriquement possible par des frappes cinétiques (forces spéciales, frappes aériennes) ou non (du moins, en théorie : frappes cyber, impulsions électromagnétiques). J’insiste bien sur le “théorique”.

Par définition, toute batterie antiaérienne se sature : si vous lancez 200 missiles de croisière et que seuls 50 missiles sont prêts au tir, 150 missiles passeront – au mieux. En effet, tout missile tiré ne fait pas mouche. En 1973, les Israéliens perdent certes 80 avions en 3 jours. Mais pour ça, les Egyptiens doivent tirer 2100 missiles…

Bref, de toute manière, même si vous perdez 40 ou 50 ou même 100 missiles, un nombre X passera toujours : à la guerre, la masse est déterminante. Après, les Russes ont d’autres options de représailles, comme s’en prendre aux avions ou bâtiments lanceurs. Là aussi c’est théorique : lancer des missiles pour protéger des positions syriennes est une chose, attaquer des bâtiments français ou américains une autre.

L’AGM-158 est-il prêt à être déployé ou pas encore ?

Les AGM-158A et B (dit “ER” pour Extended Range) sont en service. Après, il n’est pas impossible qu’ils restent aux Etats-Unis. Si un de ces engins peut être abattu et que les Russes récupèrent des données/systèmes/matériaux, il n’est pas dit que son usage sera recommandé par le Pentagone. Au-delà, je ne sais pas combien sont déjà en service ou pas.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI (Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux) et à l'ISC (Institut de Stratégie Comparée) - henrotin(at)areion.fr

Pin It on Pinterest

X