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Pour une polémologie à l’université

La guerre est un phénomène social total – ici, une jeune Coréenne portant son frère sur le dos passe devant un char américain en 1951. Son occurrence, ou la possibilité de son occurrence, concerne à un titre ou un autre l’ensemble d’une société et, a fortiori, l’ensemble des disciplines scientifiques. (© US Army)

Entretien avec Jean Baechler, professeur émérite de sociologie historique (Paris-Sorbonne), membre de l’Institut, initiateur du programme « L’homme et la guerre » et codirecteur de Penseurs de la stratégie.

À l’incipit de la présentation de l’ouvrage que vous avez codirigé, vous indiquez qu’il est « impensable de traiter de la guerre sans aborder la stratégie […] ». À votre avis, l’est-elle aujourd’hui suffisamment, en particulier dans la sphère de l’enseignement universitaire civil ?

Je commencerai par préciser que cet ouvrage collectif est conçu comme une contribution à un projet de bien plus grande ampleur, que, sur ma proposition, l’Académie des sciences morales et politiques et l’Institut de France ont accepté de patronner. L’intitulé en souligne le propos : « L’homme et la guerre ». Sur trois ou quatre ans (2013-2016), j’organise plus d’une quinzaine de colloques de trois jours et de séminaires de deux jours, chacun consacré à un aspect ou à une dimension de la guerre. Tous les actes seront publiés aux éditions Hermann. Mon ambition est de montrer que la guerre est, depuis environ dix mille ans, au cœur de la condition humaine et des histoires humaines et que, en raison de sa centralité, elle entretient des relations profondes avec tous les domaines de l’humain : le politique, l’économique, le droit, la géographie, la psychologie, l’histoire…

Si l’objet figure distinctement dans la matière historique, il est passible d’une démarche scientifique. Mon objectif est donc de fonder en raison une science de la guerre ou polémologie, ou, du moins, de suggérer vivement qu’un tel projet est réaliste et réalisable. Je précise encore que je prends le mot de « science » au sens précis d’un mode rationnel du connaître, reposant sur quatre opérations enchaînées : une hypothèse dont il est possible de déduire des prédictions de phénomènes à observer ; la vérification des prédictions avec des faits avérés ; la réitération des deux opérations jusqu’à atteindre une certitude satisfaisante, ce qui engage la recherche dans une exploration par essais/échecs/tris ; à la fin, on doit pouvoir produire une explication du phénomène étudié. La science appliquée à un objet du réel donne une science, en l’occurrence la polémologie comme science de la guerre, à côté de la politologie, de la démographie, de la science économique, de celle des religions, de la suicidologie…

Pour en venir à votre question, ma position conduit à en élargir le propos bien au-delà de la stratégie, car, s’il est certain que l’on ne peut étudier la guerre sans étudier la stratégie, il est encore plus vrai que l’étude de la stratégie ne saurait être qu’un département de l’étude de la guerre. Comment donc concevoir la place éventuelle de la polémologie dans l’enseignement universitaire ? Pour esquisser une réponse, il me faut introduire une exigence épistémologique fondamentale. Je tiens que toute science de l’humain ne peut progresser dans le sens de la vérité qu’en conjoignant trois points de vue ou disciplines. Cette exigence est imposée par ce qui caractérise exclusivement l’espèce humaine dans le réel. Elle est libre, au sens où elle n’est pas programmée pour effectuer son humanité de manière univoque. La nature humaine est un ensemble cohérent de virtualités, dont les actualisations sont culturelles. En conséquence, toute science humaine doit partir de trois questions. La première est socratique : de quoi parle-t‑on, quand on parle de politique, d’économie, de religion, d’éthique…, de guerre ? La réponse doit être l’aboutissement d’une enquête conceptuelle, que la philosophie prend en charge. En l’occurrence, toute l’entreprise repose sur le concept de la guerre comme « un conflit violent entre polities sur une transpolitie ». Un deuxième point de vue est celui de l’historien, qui s’attache à recueillir les documents permettant de reconstruire les faits saisis dans leur singularité, non pas « la » guerre, mais « une » guerre et « telle » guerre. Dans mon programme, je m’efforce de faire leur place à tous les temps et à toutes les aires culturelles, à tout ce que les histoires humaines dans leur diversité infinie ont à nous dire sur les guerres rapportables à leur concept. Pour espérer expliquer cette diversité, un troisième point de vue est indispensable, celui de la sociologie, qui consiste à comparer entre elles les occurrences historiques, de manière à repérer et à peser les facteurs à l’œuvre, qui expliquent pourquoi les phénomènes étudiés sont tels et non pas autres.

Dans une université idéale, c’est-à‑dire conforme à l’idée que je m’en fais, un département serait réservé à la polémologie, qui réunirait des philosophes, des sociologues et des historiens intéressés à l’étude scientifique du phénomène de la guerre.

Le corpus des penseurs de la stratégie est immense : ne serait-ce que dans le seul domaine naval, L’évolution de la pensée navale dirigée par Hervé Coutau-Bégarie a nécessité huit tomes… et est très loin d’avoir fait le tour de la question. Le constat peut également être dressé pour d’autres secteurs. Faute d’un examen systématique de ses sources, l’étude de la stratégie en tant que champ disciplinaire ne risque-t‑elle pas, du coup, d’y perdre en « scientificité » ?

En fonction de ma réponse à votre première question, vous comprendrez que je sois obligé d’élargir la deuxième, pour lui trouver une réponse défendable. Supposons créé quelque part un département de polémologie et supposons-le occupé à l’examen rationnel de tous les aspects de la guerre. De quoi s’occuperait-on concrètement ? De stratégie à coup sûr, mais de beaucoup d’autres choses aussi. Reprenons le concept de guerre comme « un conflit violent entre polities sur une transpolitie ». J’en déduis immédiatement que la guerre occupe un espace à trois dimensions et que la science de la guerre doit s’attacher à chaque dimension, sans jamais perdre de vue qu’il s’agit d’un espace et non pas de trois domaines distincts.

La première dimension est « politique ». La définir exige le secours du philosophe. J’entends par « politie » un ensemble, dont les éléments – des individus et des groupes – bénéficient de dispositifs et de procédures qui leur permettent de régler leurs différends et conflits, sans recourir à la violence. Au-delà de cet espace social de pacification tendancielle, tout conflit peut devenir violent et monter aux extrêmes de la lutte à mort. Ainsi est défini un espace social réunissant au moins deux polities. Appelons-le « transpolitie », par convention. C’est, de fondation, un espace de guerre virtuelle, faute des dispositifs et des procédures de la pacification tendancielle. La nature de la politie lui confère une figure double. Vers l’intérieur, elle définit un espace de sociabilité, où des individus et des groupes sont en interaction perpétuelle, à la recherche de leur bien commun et de leurs intérêts particuliers. Vers l’extérieur, la politie est un acteur collectif, qui doit décider ce que seront ses relations avec les autres acteurs collectifs présents sur la transpolitie et comment s’y prendre pour atteindre quels objectifs. Dans les deux directions, intérieure et extérieure, la guerre n’est qu’une préoccupation parmi d’autres.

La deuxième dimension est tracée par les moyens mobilisés par la politie en cas de guerre. On peut distinguer entre les moyens et leur mobilisation. Parmi les moyens, on distinguera, ensuite, entre les ressources susceptibles en général de soutenir la guerre, sans être son exclusivité, comme la population et sa distribution, le niveau de développement technique et économique, la stratification sociale, la culture, le mode de solidarité sociale, et ainsi de suite. D’autres ressources sont plus immédiatement au service de la guerre : les armées et leur organisation, la formation des soldats, les armes et leur mode d’emploi, l’intendance, la logistique, la cartographie, les transmissions, bref le « militaire ». La mobilisation des ressources générales incombe plutôt à la dimension politique. La mise en œuvre du militaire, en revanche, relève de la deuxième dimension, que l’on peut convenir d’appeler « instrumentale ». C’est ici qu’apparaît comme objet d’étude la stratégie, mais aussi bien la tactique. Le champ d’étude est vaste, mais ce n’est qu’un sous-département de la polémologie. Les écoles militaires doivent en privilégier l’étude, non que l’objet soit polémologiquement plus important, mais parce que les écoles font elles-mêmes partie de la dimension instrumentale, parce qu’elles sont chargées de la formation du personnel militaire.

La troisième et dernière dimension est « opérationnelle ». Elle est tracée par les polities entrées effectivement en guerre. Elle est matérialisée par des campagnes, des batailles, des victoires et des défaites, des issues. Dans et par ces opérations, les soldats risquent la mort, les armées la défaite et les polities la conquête. Les études spécialisées dans cette dimension ne peuvent pas se limiter à ces objets. Elles doivent aussi s’attacher aux facteurs qui pèsent sur les résultats atteints. Ils peuvent être rangés en deux classes. L’une est définie par le degré d’homogénéité ou d’hétérogénéité des transpolities, selon que les polities en contact sont plus ou moins « mêmes » ou « autres ». Pour en décider, les critères sont nombreux, car tout ce qui contribue à définir la personnalité des polities pèse sur les indices d’homo-/hétérogénéité. L’autre classe prend en compte le nombre de polities actives sur une transpolitie. En effet, le nombre et le rapport des forces définissent des systèmes de jeu, dont les logiques différentes imposent des stratégies dominantes distinctes et conduisent à des issues diverses.

Vous concluez l’ouvrage que vous codirigez en revenant sur le raisonnement stratégique et notamment sa relation à la méthode scientifique. H. Coutau-Bégarie voyait la stratégie comme « un art appuyé sur une science ». Partagez-vous sa vision ?

La question est centrale et délicate, car, prise dans sa plus grande généralité, elle porte sur la finalité de la science en général et de l’anthropologie comme science du règne humain en particulier : pourquoi/en vue de quoi chercher à percer les énigmes du réel ? La réponse ne va pas de soi, car elle dépend de celle que l’on apporte à la question des fins dernières de l’homme. Chercher à percer les énigmes du réel est-il une fin dernière ? En tant que chercheur, j’aimerais pouvoir répondre par l’affirmative, mais le bon sens et la raison me l’interdisent. En effet, une fin dernière est celle qui n’est au service d’aucune autre fin. On ne saurait l’affirmer du connaître, car connaître pour connaître est assigner aux humains la satisfaction de leur curiosité comme destination ultime. Ce serait de la curiosité vaine, même si bien peu de gens s’en trouvent saisis. À mon sens et à celui de la philosophie classique, la bonne réponse doit être cherchée dans une tout autre direction. En allant à l’essentiel, je dirais que les activités humaines sont distribuées en trois modes. L’agir consiste à poursuivre des fins en mobilisant des moyens. Le connaître recherche les bonnes réponses aux questions bien posées. Le faire informe des matières et matérialise des formes. D’où l’on déduit directement que le faire et le connaître sont des moyens de l’agir et ne sauraient donc être, en aucun cas, tenus pour des fins dernières, quoique le vrai recherché par le connaître et l’utile par le faire soient des fins, mais qui ne sont pas dernières. Les seules qui le soient sont le bonheur ou la béatitude, que toutes les autres – la paix, la prospérité, l’efficacité, la coopération, la compétence… – servent au titre de fins intermédiaires.

Vous allez m’objecter que nous sommes bien loin de la polémologie et d’Hervé Coutau-Bégarie sur la stratégie. Je ne le crois pas. Rappelez-vous que je soutiens la nécessité où se trouvent les sciences anthropologiques de prendre appui sur la philosophie. La polémologie est la science des conflits violents entre polities sur des transpolities. Sa fin immédiate est de trouver le vrai dans les trois dimensions de la guerre : politique, instrumentale et opérationnelle. À quelle fin cette fin intermédiaire doit-elle servir, pour ne pas tomber dans la curiosité vaine ? La réponse la plus plausible pourrait être la paix : étudier la guerre pour instaurer la paix. La thèse est plaidable, qui conduit à un syllogisme impeccable :
• la paix ne peut être gagnée par des humains grégaires et conflictuels que dans le cadre d’une politie ;
• or les polities sont distribuées sur des transpolities génératrices de guerres ;
• donc la paix doit être recherchée par la conversion des transpolities en polities, ce qui ne peut s’opérer que par des guerres de conquête. En raccourci : la guerre sert la paix par le moyen de la coalescence politique. C’est une proposition que la polémologie peut soutenir avec des arguments solides sur plusieurs millénaires.

Supposons vraie cette conclusion. Elle énonce comme une vérité démontrée que la guerre a la paix pour horizon historique, démontrée au sens de la science, c’est-à‑dire comme une hypothèse ayant conduit à des prédictions vérifiées par les faits. Quelles conclusions en tirer qui rejoignent l’affirmation d’Hervé Coutau-Bégarie ? Il serait audacieux d’avancer que la science polémologique est l’effort de connaître qui a permis d’avancer la paix par la guerre et la coalescence politique ! La polémologie se contente d’en formuler l’hypothèse et de vérifier que les faits la confirment, en s’attachant surtout à la dimension politique de la guerre. Ce sont évidemment les mouvements de l’histoire, c’est-à‑dire les résultats produits par les actions humaines, qui vérifient l’hypothèse. Ces actions sont chaotiques, rationnelles ou irrationnelles, délibérées ou involontaires, mais leur agrégation est orientée dans un sens dominant par un attracteur, en l’occurrence la coalescence politique.

La leçon à tirer de cet argumentaire philosophique est que la science de la guerre ne doit pas être confondue avec la guerre comme science. La première est réalisable comme projet cognitif, alors que la seconde se fonde sur une confusion entre l’agir et le connaître ou sur une méconnaissance de leurs relations naturelles. Il faut être parvenu en ce point pour comprendre ce que veut dire « un art appuyé sur une science ».

Tout politologue, historien, sociologue ou encore stratégiste a une forte probabilité, au cours de sa carrière, de constater que les mêmes erreurs sont souvent commises par les acteurs stratégiques : « Ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter » est sans doute une des citations les plus souvent reprises. Est-il possible d’imaginer un acteur stratégique capable de tirer les leçons de l’histoire ?

Pour répondre à cette question, étroitement liée à la précédente, et pour y répondre au fond, il faut repartir de la distinction de l’agir et du connaître. Connaître, c’est rechercher le vrai en apportant les bonnes réponses aux questions bien posées. Le vrai a une validité générale et universelle ; il est objectif et s’impose à tous. La polémologie comme science de la guerre a le vrai comme fin, étant entendu qu’il n’est jamais que provisoire, tant qu’une science n’est pas achevée, ce qu’aucune n’a encore réussi jusqu’ici. L’agir, de son côté, poursuit le bien, c’est-à‑dire des fins distinctes ou l’ensemble des fins ordonnées à une fin dernière. Il ne le fait pas en général, mais au cas par cas et coup après coup, parce qu’agir, c’est évoluer dans la singularité. Personne ne se nourrit jamais en général ni en particulier, mais toujours à l’occasion d’une prise singulière de nourriture. On ne conduit pas non plus la guerre en général, mais une guerre singulière et unique à chaque fois. Les fins sont générales et universelles, ce qui les rend passibles d’une connaissance vraie, mais la poursuite des fins est singulière à chaque fois. On peut savoir ce qu’est la justice punitive, mais rendre la justice dans un procès criminel est une opération toujours risquée en termes de justice.

Le confinement de l’agir dans la singularité a deux conséquences irréductibles. La première est liée à l’incertitude des circonstances qui entourent toute entreprise singulière. Même la plus simple et la plus routinière peut se heurter à de l’inattendu, par exemple faire sa promenade quotidienne et recevoir une tuile sur la tête. L’incertitude elle-même provient de ce que tout se tient dans le réel et qu’il est impossible de connaître le détail ultime des liens tissés entre ses éléments. La guerre est un cas extrême d’incertitude, non seulement en raison de la complexité presque infinie de chacune de ses trois dimensions et de leurs interactions, mais encore du fait qu’elle oppose deux ennemis, dont les actions respectives se transforment en interactions. Le comble de l’incertitude est atteint dans la dimension opérationnelle, car toutes les circonstances de toute nature l’affectent et en décident l’issue. La seconde conséquence de la singularité de l’agir est l’imprévisibilité des conséquences. Agir, c’est mettre en branle un complexe de liaisons entre éléments, excluant toute connaissance vraie préalable. Il n’est possible qu’en rétrospection d’expliquer pourquoi ce qui s’est passé s’est passé ainsi. Les histoires humaines sont imprévisibles et intelligibles.

La polémologie a pour objectif de rendre la guerre intelligible, ce qu’elle ne peut faire qu’en étudiant ce qui s’est passé. Supposons-la parvenue à son terme. Elle se présente alors comme un corpus cohérent de vérités philosophiques, sociologiques et historiques, accessibles à tout être humain désireux et capable d’en prendre connaissance. Dans ce cadre de référence précis et circonscrit, la stratégie est devenue objet de science, au sens où une science de la stratégie a été élaborée scientifiquement comme un département de la polémologie. En résulterait-il la possibilité de faire scientifiquement une guerre et de définir scientifiquement une stratégie pour cette guerre ? Évidemment non, car l’incertitude des circonstances et l’imprévisibilité des conséquences l’interdisent définitivement. La science de la guerre n’aboutira jamais à la guerre comme science.

Est-ce à dire qu’il est impossible que les acteurs tirent jamais des leçons utiles des vérités établies par les cogniteurs ?

La réponse est évidente, qui se fonde sur le fait que l’agir mobilise des moyens pour réussir ou ne pas échouer et que le connaître figure dans ses moyens. Pour se servir d’un fusil, il faut savoir s’en servir, comme il faut savoir monter un plan de guerre pour dessiner un plan de guerre. Mais savoir se servir d’un fusil ou monter un plan de guerre ne garantit pas que le coup atteindra sa cible ni que le plan assurera la victoire. La maîtrise cognitive même parfaite du général ne garantit pas le succès de l’engagement singulier, mais le favorise seulement. C’est pourquoi une science ne peut que soutenir un art, qui consiste à louvoyer au mieux, en maintenant le cap, à mesure que les circonstances se révèlent et que les conséquences se déroulent. Comme disait Napoléon : « On s’engage, et puis on voit. » Et comme le confirmait Hervé Coutau-Bégarie, il s’agit d’« un art appuyé sur une science ».

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 28 mars 2015

Entretien paru dans DSI n°114, mai 2015

À lire:

Penseurs de la stratégie, Jean BAECHLER et Jean-Vincent HOLEINDRE (dir.), Hermann, Paris, 2014

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