Lectures

The Culture of Military Innovation. The Impact of the Cultural Factors on the Revolution in Military Affairs in Russia, the US, and Israel

Dima ADAMSKY, Stanford University Press, Stanford, 2010, 231 p.

Les travaux sur la RMA ont été nombreux jusqu’au tournant des années 2010 et avaient tendance à se focaliser sur les aspects techniques et stratégiques du débat. Reste que ce débat a également été apprécié différemment d’un pays à l’autre, notamment parce qu’il est approprié – comme tout débat – au prisme des cultures stratégiques locales, en l’occurrence en tâchant d’en examiner les effets durables. L’affaire n’est pas évidente : lorsque l’auteur publie son essai, la RMA est encore un phénomène récent à l’aune de l’histoire culturelle et détecter ses implications à long terme est donc difficile. Pour autant, elle offre un travail convainquant sur la base des trois cas américain, israélien et soviétique/russe. Si le premier est bien connu du fait du nombre de publications qui lui sont consacrées, il n’en va pas de même pour la Russie, où elles sont plus rares. C’est l’un des points forts de l’ouvrage, allant plus loin que la généalogie de la MTR (Military-Technological Revolution) et la seule explicitation de la « révision d’Ogarkov ». De ce point de vue, l’auteur montre particulièrement bien l’intertextualité entre le débat russe et les travaux otaniens et américains de l’époque : on est bien dans une logique de dialectique, qui a pour effet de relancer les études russes sur l’art opératif, en vis-à-vis des Américains qui s’en emparent maladroitement. Mais elle montre aussi que si les Soviétiques jouent un rôle de pionniers, ils ne parviennent pas à mettre en œuvre les conclusions de leurs travaux ; certes du fait de problèmes économiques et du poids de la bureaucratie, mais surtout à cause de facteurs culturels plus profonds. Le cas israélien est encore plus paradoxal : armements et équipements sont là, mais ils ne sont pas stratégiquement bien appréhendés, le fameux OTRI ne parvenant pas à suffisamment vulgariser les concepts qu’il développe et à les opérationnaliser. Un ouvrage dense donc, méthodologiquement solide et qui n’hésite pas à « mettre les mains dans le cambouis » des questions de technique militaire. En ces temps où l’innovation redevient un buzzword, revenir à la mécanique de ses succès ou de ses échecs, notamment à travers cet ouvrage, semble donc des plus utile. P. L.

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