Lectures

Les espions de la terreur

Matthieu SUC, Harper Collins, Paris, 2018, 490 p.

Il ne faut pas se fier aux titres, parfois sensationnalistes, au risque de passer à côté d’un ouvrage de qualité. C’est le cas ici. Journaliste ayant publié de nombreux articles sur le djihadisme, Matthieu Suc a mené une enquête dense et fouillée sur l’Amnyat, le service de renseignement qu’a mis en place l’État islamique. À partir de témoignages d’otages, mais aussi de nombreuses interviews ou de notes déclassifiées du renseignement – l’ensemble étant dûment listé à la fin –, il met en lumière le processus de création d’un « service » qui est également chargé des actions en Europe ou encore du contre-espionnage, y compris en s’appuyant sur d’anciens professionnels. On y croise donc directement les protagonistes des attentats de Paris ou Bruxelles. S’il se lit comme un roman, l’ouvrage montre aussi que le temps n’est plus à l’incompétence chez les irréguliers. L’auteur révèle ainsi les processus de recrutement ou d’interrogatoire et celui, constant, de recherche de sûreté, qui permet à l’Amnyat non seulement de continuer à fonctionner en dépit des actions de la coalition – y compris en s’appuyant sur des sympathisants en dehors du Levant –, mais également de frapper. Ce faisant, l’auteur touche une part essentielle de la machine militaro-sécuritaire de l’État islamique, qui n’a pu se mettre en place qu’en mêlant paranoïa et professionnalisme. Dans la foulée, il met aussi en évidence nos propres faiblesses et la sous-estimation dont nos services ont pu faire preuve par le passé. In fine, un ouvrage passionnant sur un sujet d’autant plus brûlant qu’un certain nombre de protagonistes sont toujours susceptibles de causer des nuisances, et qui montre une fois de plus que le journalisme n’est jamais aussi utile que lorsqu’il se donne le temps d’approfondir. P. L.

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