Lectures

Une histoire de la guerre. Du XIXe siècle à nos jours

Bruno CABANES (dir.), Seuil, Paris, 2018, 800 p. 

Fruit d’un effort de longue haleine et de portée internationale, l’ouvrage impressionne par le nombre de contributions qu’il rassemble : pas moins de 61. Elles sont réparties dans quatre parties : guerre moderne, mondes combattants, expériences de la guerre, sorties de guerre. C’est aussi l’expression d’une vision académique plus centrée sur les war studies que sur les études stratégiques à proprement parler, de sorte qu’il s’agit moins « d’une histoire » de la guerre que d’un ouvrage plus transverse, à l’apex entre sociologie militaire, études stratégiques, droit, psychologie, etc. – sans qu’il soit question de « nouvelle histoire bataille », même si ces différents angles puisent naturellement dans l’histoire. La logique retenue est de rassembler des contributions courtes – une douzaine de pages au maximum – suivies de notices biographiques. Forcément, à la diversité des auteurs et des sujets traités il faut ajouter l’appétence du lecteur pour tel aspect plutôt que pour tel autre, de sorte que l’on a nécessairement affaire à une qualité, objective comme subjective, variable. Pour ce qui concerne les domaines dans lesquels DSI dispose d’une expertise, la qualité est cependant de mise. Si l’on peut remettre en question le concept de grande stratégie, qui est certes en vogue dans la littérature américaine mais par trop limitatif, pour lui préférer celui de stratégie générale (Castex, Svetchine) ou intégrale (Poirier), l’affaire est essentiellement sujette à débat d’experts. En revanche, la mobilisation de la notion de « guerre moderne » semble autrement plus délicate. On note également la qualité des contributions à propos de la technologie (où l’on n’échappe pas à un focus sur les drones), mais aussi de la guérilla et des insurrections. Bien écrit et bien traduit, l’ouvrage mérite incontestablement la lecture, même s’il peut paraître déséquilibré et sembler céder aux modes conceptuelles du temps, de la focale sur les victimes aux approches théoriques. Le chapitre « Tuer son voisin » est une plongée très intéressante dans le concept de guerre civile, mais céder à l’appel de titrailles répondant aux canons de la théorie critique tend à faire oublier le poids des facteurs politiques qui s’ils sont toujours sous-jacents, ne nous paraissent pas ici pris de front. De quoi, peut-être, nourrir un deuxième volume ? J. H.

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